Il était une fois l’opéra

400 enfants d’écoles primaires de Plaine Commune (1) étaient invités le 17 mars à assister à un concert de Karlheinz Stockhausen au théâtre Gérard-Philipe dans le cadre du festival de Saint-Denis.

« C’est l’histoire de Michel, un trompettiste qui descend sur terre pour rencontrer des instrumentistes », lance en guise d’introduction Maxime Pascal, le chef d’orchestre de l’ensemble Le Balcon. Quelques secondes plus tard, un trompettiste affublé d’une combinaison moulante de martien « descend de son vaisseau spatial » pour faire rugir son instrument.

Entre alors en scène le tromboniste qui simule une « attaque » en interprétant l’hymne anxiogène de Star Wars. Hypnotisés par cet air familier, les enfants assistent avec stupéfaction à l’irruption successive des différents protagonistes de l’histoire comme s’il s’agissait de personnages de dessins animés : la jolie princesse et son cor de basset, les trois cuivres aux allures de méchants malabars…

La mise en scène est inspirée de Jeudi de Lumière, l’opéra du compositeur de musique contemporaine Karlheinz Stockhausen. En résidence au Festival de Saint-Denis pour la deuxième année consécutive, Le Balcon a donné six concerts à destination des publics scolaires de Plaine Commune (2). Une mise en bouche avant un autre opéra de Stockhausen programmé le 17 juin à la basilique dans le cadre du Festival : Samedi de lumière.

Karlheinz Stockhausen

Karlheinz Stockhausen

Le rythme est effréné. Les scènes défilent à la vitesse de la lumière. Pas une seconde de répit pour retenir l’attention des jeunes spectateurs. Les instrumentistes accompagnent la musique de leur jeu d’acteur. La parade amoureuse est ponctuée par des simulations de baisers. Encerclé par les sonorités imposantes des trois cuivres, le clarinettiste tombe à terre comme si on l’avait roué de coups.

Les instruments deviennent des personnages à part entière. Des êtres humains doués de parole et d’émotions. Tour à tour armes de séduction ou de dissuasion. « Les enfants disaient que les instruments se parlaient à fin du concert !, s’exclamait Maxime Pascal à l’issue de la représentation. Ils ont assimilé l’idée du langage qui est à l’origine des premiers instruments. » Un regard sur le concert aiguisé par des séances de sensibilisation dans les écoles en amont.

TGP 170316[1] (1)

Maxime Catrice au TGP

« Ce travail participe à construire le public de demain dans un département où la transmission familiale est quasi inexistante, précisait la directrice du Festival, Nathalie Rappaport. Comparés à leurs parents, les enfants sont très ouverts aux découvertes. Il n’y a pas encore de catégories et de hiérarchies dans leur tête. Ils ne se disent pas : “La musique classique, ce n’est pas fait pour moi.” »

Une analyse confirmée par Maxime Pascal : « Les enfants ont un rapport naturel au spectacle. Il n’y a pas chez eux cette notion de segmentation des genres. Ils parlent le même langage que Stockhausen qui n’aimait pas mettre les genres dans des cases. C’était un grand enfant qui aimait mélanger musique, théâtre, cirque, etc. » On comprend mieux pourquoi les enfants avaient des étincelles de bonheur dans les yeux à l’issue du concert.

Julien Moschetti

(1) Des élèves de Langevin, Jules-Guesde, Robespierre et Rachel-Carson étaient présents le 17 mars au TGP. Plus de 2 000 enfants ont assisté à des concerts cette année.

(2) Dont quatre à Saint-Denis : au TGP, à la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur et dans la nouvelle école Niki-de-Saint-Phalle.

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