Laurence Lascary : productrice militante

La dirigeante de la société de production De l’autre côté du périph’ tente de promouvoir avec ses films la France dans toute sa diversité.

Le déclic entrepreneurial est survenu à New York en 2007. Titulaire d’un master II en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle européenne, Laurence Lascary avait découvert le monde du cinéma en 2006 chez Studio Canal, la société de production et de distribution du groupe CANAL+. Mais c’est un an plus tard, dans les bureaux new yorkais d’Unifrance, un organisme chargé de la promotion et de l’exportation du cinéma français dans le monde, que les rêves de la jeune femme de 35 ans, originaire de Bobigny, ont pris forme.

« Tout le monde avait des projets de création d’entreprise à New York. Cela m’a donné envie de foncer. Les Américains sont très enthousiastes et optimistes. Les Français ont moins le goût du risque, ils vivent dans la peur de perdre le peu qu’ils ont. » De retour en France en 2008, elle crée à 28 ans la société de production audiovisuelle et cinématographique De l’autre côté du périph’ (DACP). Et remporte la même année le prix Talent des cités. Avant de recevoir en décembre dernier le prix spécial du jury du concours Créatrice d’Avenir.

Photo : Yann Mambert. Tous droits réservés.

Photo : Yann Mambert. Tous droits réservés.

Son ambition ? Faire émerger une nouvelle génération d’auteurs pour « refléter la France dans toute sa diversité ethnique et sociale ». Laurence Lascary parie donc sur des histoires incarnées par « des personnages que l’on croise dans la vie de tous les jours, mais rarement au cinéma ou à la télévision ». À l’instar de son dernier projet en date, Minh Tâm, un court-métrage de Vincent Maury. Le portrait d’une mère qui s’autorise à vivre une histoire d’amour, après avoir consacré sa vie à son enfant autiste.

Figure également dans le catalogue de DACP Nos mères, nos daronnes, le documentaire de Bouchera Azzouz et Marion Stalens diffusé sur France 2 en avril. Le combat vers l’émancipation et la liberté de mères courage dans les quartiers populaires. Le fil conducteur de la plupart des films produits DACP ? « Des personnages qui se révèlent, s’affirment, disent non à la fatalité pour réaliser leurs rêves », dixit l’entrepreneuse qui espère que ces parcours exemplaires participeront à modifier les représentations des jeunes des quartiers populaires.

« Pourquoi ces jeunes rêvent tous de devenir footballeurs professionnels ? interroge l’entrepreneuse. Parce qu’ils s’identifient aux modèles qu’ils voient à la télévision. Ils s’orienteraient plus vers des carrières d’avocats ou de médecins si ce genre de modèles passait plus souvent à la télé. Nous n’avons pas conscience de l’impact des représentations au cinéma et à la télévision. La norme, c’est un homme blanc valide. Ceux qui ne rentrent pas dans cette catégorie sont sous-représentés, et, le plus souvent, caricaturés. J’aimerais déplacer le curseur de la norme, offrir d’autres représentations aux jeunes pour qu’ils grandissent avec une image positive d’eux-mêmes. La télévision et le cinéma sont des outils puissants pour rentrer dans le cerveau des gens. Mes films ont vocation à façonner le réel. Avec un peu de chance, ils favoriseront l’émergence d’une société plus ouverte, plus tolérante, plus humaine. »

Julien Moschetti

Publie dans le JSD, le journal de Saint-Denis, le 12 janvier 2016;

1 commentaire

  • Lascary Alain dit :

    je ne suis pas surpris par la pertinence de l’écriture et bien que je ne suis pas américain je crains toujours que son travail et son intelligence ne suffisent pas à pérenniser ses efforts……….mais comme dit l’autre dès qu’il y ala vie il y ade l’espoir.

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