Le jazz en cinq leçons

Dans le cadre de la tournée de Wynton Marsalis, deux musiciens du Jazz at Lincoln Center Orchestra ont dirigé une masterclass à La Courneuve.

« Vous devez élever votre niveau de concentration lorsque vous jouez de la musique. C’est ainsi que vos désirs deviendront réalité », lance en introduction le saxophoniste Walter Blanding. Comme le trompettiste le Marcus Printup, il est membre du Jazz at Lincoln Center Orchestra, le « meilleur big-band du monde » selon le Chicago Tribune. Dans quelques heures, les deux musiciens américains se produiront sur la scène de l’Olympia aux côtés LA légende de la trompette Wynton Marsalis. L’occasion d’animer une masterclass en compagnie des musiciens en herbe de la fanfare de La Courneuve dans le cadre du projet « Fabriques orchestrales juniors » de l’association festival Villes des Musiques du Monde dont l’objectif est de démocratiser l’accès à la culture.

Les présentations faites, Marcus Printup propose un premier exercice : souffler durant dix secondes en continu dans la trompette, ce qui nécessite un temps de préparation : « Quand on jette une balle, on réfléchit à l’avance où on va la lancer pour gagner en précision, glisse le trompettiste. Hé bien, c’est la même chose avec les notes, on imagine ce que l’on va jouer, on inspire pour prendre de la force et on expire pour lâcher la balle. » Quelques secondes plus tard, c’est au tour de Walter Blanding d’utiliser une métaphore sportives pour donner des clefs compréhension aux futures trompettistes : « Au baseball, tu es soit lanceur, soit receveur. Hé bien, la lèvre du haut, c’est le lanceur, c’est elle qui doit bouger. Pendant ce temps là, la lèvre du bas, c’est à dire le receveur, doit être complètement stable. »

Photo : Thierry Ardouin. Tous droits réservés.

Photo : Thierry Ardouin. Tous droits réservés.

L’atmosphère est décontractée. Le sourire vissé aux lèvres, les deux professeurs accompagnent de leurs regards bienveillants les enfants durant les exercices. Les fausses notes sont ponctuées par des éclats de rire pour dédramatiser les situations. Transcendés par la tendresse et l’indulgence des deux Américains, les jeunes semblent avoir oublié le monde autour d’eux. C’est à peine s’ils relèvent l’arrivée de l’ambassadrice des États-Unis et son cortège de gardes du corps. Un nouveau jeu vient de démarrer. Walter Blanding éructe une série de notes. A la charge des enfants d’interpréter à la trompette le fragment de partition. « Mais différemment, avec votre personnalité », précise saxophoniste.

Un brin timides au départ, les jeunes se prennent au jeu, se débrident, s’affranchissent. Quand vient leur tour, les professeurs sautent à cloche pied, jouent aux attardés mentaux tout juste sortis de l’asile. Fou rire général. Tout le monde est désormais sur un pied d’égalité. Les deux Américains n’ont jamais semblé aussi accessibles, ce qui permet aux enfants de s’exprimer plus librement, sans crainte du jugement. « N’ayez pas peur de faire des erreurs, intervient Marcus Printup. Vous devez vous confronter à des exercices difficiles. N’ayez pas peur d’aller là où vous ne savez pas, le temps vous aidera à les réaliser à la longue. »

Photo : Thierry Ardouin. Tous droits réservés.

Photo : Thierry Ardouin. Tous droits réservés.

Et son collègue saxophoniste Walter Blanding de distiller un énième conseil aux enfants : « Il faut essayer de trouver un équilibre entre liberté et discipline. Plus vous serez disciplinés dans votre pratique, plus vous aurez de liberté artistique. Vous prendrez confiance en vous-mêmes et vous jouerez des choses étranges. Cela vous aidera à mieux vous connaître et à communiquer avec les autres. On apprend beaucoup sur soi-même quand on joue d’un instrument. » Une chose est sûre, les jeunes Courneuviens présents ce jour là garderont longtemps en mémoire cette rencontre avec les deux musiciens Américains : « Ils nous ont transmis leur savoir et leur vision de la musique, observait Amélie à l’issue de l’atelier. On doit pratiquer d’un instrument avec son cœur, on doit vivre ce que l’on joue. La musique, c’est du partage, c’est une langue universelle que tout le monde peut comprendre. Il suffisait de les écouter jouer pour les comprendre, c’était fort en émotions ! »

Julien Moschetti

Publié dans Regards, le journal de La Courneuve, le 18 février 2016.

 

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