L’Atelier Prométhée fait revivre le passé

Spécialisé dans la reproduction de chefs-d’œuvre de la sculpture française des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, ce fournisseur des musées nationaux et des hôtels de luxe est installé à Saint-Denis depuis plus de 20 ans.

L’histoire démarre en 1995. Après des études en histoire de l’art, Cédric Riou récupère une collection exceptionnelle de moules en terre cuite oubliée depuis une quarantaine d’années : des chefs-d’œuvre de grands sculpteurs du XVIIe (Girardon, Coysevox…) et du XVIIIe (Lemoyne, Falconet, Houdon, Caffieri, Clodion…), mais aussi des vases, des fontaines ou des ornements de jardin. En l’espace d’une dizaine d’années, l’Atelier Prométhée devient une référence dans l’édition de reproductions en terre cuite.

« L’extraordinaire qualité des moules nous permet de reproduire les chefs-d’œuvre avec une grande précision, souligne le fondateur Cédric Riou. Nous avons choisi de faire de la reproduction d’art en petite série, et non pas des objets décoratifs à la chaîne. Reproduire, c’est déjà trahir dans l’absolu. Nous avons donc essayé de trahir le moins possible. »

Photo : Sébastien Borda

Photo : Sébastien Borda

Hérité de l’antiquité, le processus de fabrication est assez simple. L’argile prend l’empreinte du moule en plâtre avant de cuire au four comme de la poterie. Un savoir-faire qui exige réflexion, minutie et patience. Un simple buste de fillette peut être composé de 70 pièces ; des pièces qui peuvent être découpées en plusieurs sous-pièces moulées indépendamment lorsque l’œuvre présente des reliefs et des détails importants. Il faudra ensuite reproduire chaque élément séparément (bras, jambes, draperies) pour reformer la statue originale.

Vingt ans après sa création, l’Atelier Prométhée a largement dépassé le cadre de son métier d’origine. Labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, EPV (1), l’entreprise de sept employés ne se contente plus d’éditer ses propres moules, elle fait des créations sur mesure, utilise des matériaux divers (terre cuite, plâtre, résine…) en fonction de la demande des clients : musées, architectes, décorateurs dans l’hôtellerie de luxe… « Les palaces et les grand hôtels parisiens sont très attachés au style du XVIIIe car c’est le symbole du luxe à la française », précise Cédric Riou qui travaille avec le Georges-V et le Plaza Athénée, mais aussi de nombreux hôtels de luxe dans le monde.

L’Atelier Prométhée s’est également spécialisé dans la reproduction d’originaux pour le compte de clients prestigieux : l’atelier de moulage du Louvre (également situé à Saint-Denis) ou le château de Versailles qui a décidé de remplacer les statues de ses jardins. « Nous intervenons dans une démarche de mise à l’abri et de protection des œuvres, résume Cédric Riou. Une grande partie du patrimoine est en train de disparaître en raison de la pollution et des pluies acides. Le moulage est devenu un moyen de préserver les originaux. C’est un métier de niche anachronique. On utilise les mêmes gestes et les mêmes techniques qu’il y a 3 000 ou 4 000 ans. Tout notre savoir-faire repose sur l’intervention humaine. Cela peut sembler paradoxal dans un monde de plus en plus mécanisé. »

Julien Moschetti

(1) Marque de reconnaissance de l’État mise en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Plus d’infos surhttp://www.patrimoine-vivant.com/

Publié dans le JSD, le journal de Saint-Denis, le 21 avril 2016.

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