Marcelus : 1er album sur Tresor

Après trois EP signés sur Tresor, Marcelus rempile avec l’écurie berlinoise pour la sortie de son premier long format le 3 juin prochain : Vibrations. Un album résolument techno dont l’énergie sombre et mélancolique explore une nouvelle facette musicale d’un artiste éclectique et touche-à-tout qui a toujours aimé brouiller les pistes. Quelques questions au boss de Singular Records avant de le retrouver à l’affiche du Weather Festival, le dimanche 5 juin.

Trax : Comment est né l’album Vibrations

Je devais préparer un nouveau disque pour Tresor. Je savais que c’était un moment important, le label fête ses 25 ans cette année. Et puis, j’arrivais sur mes 30 ans après avoir déjà réalisé trois disques avec eux. J’ai pensé que ce serait une belle occasion de faire quelque chose d’un peu plus élaboré. C’est ainsi que l’idée d’un long format est née.

Quelles ont été tes sources d’inspiration ?

Les sources d’inspirations ont été multiples. Tout d’abord, la découverte de nouvelles musiques par le biais du DJing. J’ai aussi déniché de nouveaux morceaux en diguant, ce qui m’a donné envie d’en créer d’autres moi-même. Les résidences au Tresor et l’atmosphère du lieu m’ont également marqué. J’ai assisté là-bas à des sets et des lives fantastiques qui m’ont inspiré quand je retournais en studio.

Quelles furent les rencontres décisives durant la composition de l’album ?

J’ai travaillé avec Brendon Moeller à l’occasion de la sortie fin 2015 du Travelogue EP sur mon label Singular. Cela m’a beaucoup inspiré, j’ai eu la chance d’observer l’intérieur de ses tracks. Brendon est pour moi l’un des producteurs les plus intéressants du moment. Il est très versatile et plein d’humilité. Cela m’a donné pas mal d’idées et cela m’a poussé dans de nouvelles directions, en terme de sound design notamment.

Vibrations est un triple vinyle. Est-ce que chaque vinyle est consacré à un style musical ou un concept différent ?

Le premier est plutôt berlinois. Le deuxième a une couleur dub, voire house. Le troisième a un côté futuriste.

On me souffle dans l’oreille que tu as utilisé les mathématiques pour composer cet album ?

J’ai en effet sciemment intégré des maths dans la production. J’ai introduit le nombre Pi et le nombre d’or Phi (souvent désigné par la lettre grecque φ, ndlr) dans les effets : les delays, les reverb, et même directement sur les fréquences. J’ai fait ça principalement par curiosité, mais aussi pour casser un peu la routine du studio. L’idée m’est venue par hasard quand je suis tombé sur un masque facial basé sur le nombre d’or Phi. C’était un dessin géométrique qu’on superposait au visage d’un homme ou d’une femme. Il s’ajustait parfaitement aux contours de visages qu’on considérerait de manière générale comme « beaux », le visage d’un mannequin par exemple… J’ai trouvé ça plutôt intéressant.

Plusieurs musiciens ont déjà réalisé ce genre d’expérimentations. Le compositeur hongrois Béla Bartók utilisait Phi pour créer ses structures. L’Américain La Monte Young a produit la pièce The Well Tuned piano avec la théorie de la « gamme naturelle ». Je crois que Bach aussi écrivait certaines partitions symétriquement. Cela étant dit, je ne suis ni un intello ni un geek. Cela m’aurait donc gonflé que tous les morceaux de l’album tournent autour des maths. J’ai tenté d’aborder ce disque avec une certaine légèreté, je n’ai pas voulu le sacraliser parce que c’était mon premier album. J’aime l’innocence et le côté accidenté de la techno, « jamer » spontanément, sans calculs, au feeling… Cela apporte très clairement du charme aux morceaux.

Combien de temps consacres-tu à la composition d’un track en général ?

Quelques heures suffisent en général. C’est assez court en fait. Je reviens ensuite quelques jours plus tard pour voir si ça me plait toujours, ce que je fais plusieurs fois d’ailleurs. Cela nécessite un gros travail d’écoute, un peu à la manière d’un DJ finalement.

As-tu travaillé différemment que d’habitude pour cet album ?

Pas vraiment en ce qui concerne la production. J’aborde toujours mes tracks avec une « page blanche » et j’essaie de créer quelque chose de différent du track précédent. Je ne pars d’aucune base en particulier, j’essaye de revoir à chaque fois les patterns et les textures. Pour ce qui du résultat final recherché par contre, j’ai travaillé à l’inverse de ce que j’ai toujours fait pour les maxis. J’avais une idée beaucoup plus précise de l’atmosphère que je voulais dégager, je désirais plus de cohérence sur l’ensemble de la sélection.

L’album est très techno au final, c’était une volonté de ma part. Mes maxis ont toujours été très éclectiques. J’ai toujours bifurqué, pris un tas de directions différentes, avec des tracks ambiant ou electronica, voire housy. La plupart des producteurs utilisent le long format pour élargir leur panel musical, explorer d’autres genres. J’ai plutôt fait l’inverse sur mon album : j’ai tenté de gagner en cohérence, d’ordonner le tout en posant un cadre, ce que je n’avais donc jamais fait auparavant.

Est-ce que tu as connu des moments de galère ou des coups de stress durant la période de création ?

J’ai connu un gros break forcé durant environ trois mois l’année dernière. Le processeur de mon ordi a cramé peu de temps après avoir produit « Vibrations », le tout premier track de l’album. Le disque s’est donc résumé à ce track jusqu’à ce que je puisse m’y remettre. Au final, cela a déterminé le reste de l’album. C’est aussi pour cela qu’il s’intitule Vibrations.

Les sonorités métalliques sont très présentes sur l’album. On a le sentiment que les machines hurlent, prennent vie. C’est une atmosphère industrielle, très brut de décoffrage. Est-ce ta vision de la techno du futur ?

C’est l’effet Tresor !

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié dans Trax le 31 mai 2016.

http://fr.traxmag.com/interview/33743-marcelus-ce-francais-qui-signe-son-premier-album-sur-tresor-records

 

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