Déficients visuels et… secouristes

Des enfants déficients visuels participaient le 21 mai à une initiation aux premiers secours au Centre Simone-Delthil, un établissement médico-social public spécialisé dans la prise en charge des jeunes en situation de handicap.

« Partez des épaules, descendez jusqu’au milieu de la poitrine pour y placer le talon de votre main, placez l’autre main dessus, et appuyez fort avec un rythme de 120 compressions par minute ! » Aiguillés pas les indications de Séverine Rachet, la formatrice de la Croix-Rouge, les déficients visuels âgés de 10 à 15 ans palpent le torse du mannequin pour trouver l’emplacement du cœur, avant de simuler un massage cardiaque. L’objectif de cette formation ? Acquérir les automatismes de la protection et de l’alerte, mais aussi apprendre les gestes de premiers secours à effectuer en attendant l’arrivée des secours médicalisés. Une initiation qui rentre dans le cadre des missions du centre Simone-Delthil qui propose tout au long de l’année un accompagnement médico-social et du soutien à la scolarisation pour 170 jeunes de 3 à 20 ans souffrant de déficience visuelle et auditive ou de troubles spécifiques du langage.

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

Les séances d’éducation spécialisée se déroulent en priorité sur les lieux de vie de l’enfant : établissement scolaire, domicile, lieux d’activités… « Nous apprenons par exemple aux déficients visuels à prendre les transports en commun ou cuisiner seuls, à aménager leur espace pour mieux circuler chez eux…, explique Françoise Nguyen, la directrice du centre. Nous donnons aux enfants des outils et des techniques pour les aider à compenser leur handicap et suivre une scolarité normale. » Il suffisait d’observer l’aisance avec laquelle ces déficients visuels accomplissaient les gestes de premiers secours pour juger de l’efficacité de la méthode.

Atteint d’une dystrophie rétinienne, Yann lançait avec fierté à la fin de la séance « J’avais du mal à faire les massages cardiaques au début, mais j’y suis arrivé grâce au toucher et à l’ouïe. Ma vue a baissé mais les autres sens ont augmenté. » Selon lui, « les gestes de premiers secours, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! En cas d’accident, je pourrai aider mes amis, certains à l’école ne pourront pas le faire. » À l’issue de la formation, « les enfants comprennent qu’ils ne seront pas toujours en situation d’être aidés, qu’ils seront aussi capables d’aider les autres », analysait Françoise Nguyen, qui se prenait même à espérer que cette prise de conscience ferait peut-être un jour office de déclic professionnel : « Le fait de découvrir qu’ils ont des sens hyper-développés peut susciter chez eux des vocations. Qui sait ? Certains deviendraient peut-être un jour kiné ou ostéo. »

Julien Moschetti

http://www.centre-delthil.fr/

Publié le 16 juin dans le JSD, le journal de Saint-Denis.

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