dAcRuZ : haut en couleurs

Installé depuis 2010 dans un atelier du 6b avec son pote Marko 93, le graffeur est un adepte de l’art-thérapie collective.

dAcRuZ a eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. De traverser l’adolescence aux abords du canal de l’Ourcq, à quelques pas du légendaire terrain vague de Stalingrad dans le XIXe arrondissement de Paris. C’est dans ce haut lieu du hip-hop français dans les années 1980 que le DJ Dee Nasty, pionnier du rap en France, a lancé le concept des free-jams. C’est aussi là-bas que des collectifs de graffeurs mythiques comme BBC, CTK ou TCG ont vidé leurs bombes. Et c’est là-bas que dAcRuZ a fait ses premiers tags à l’âge de 11-12 ans.

Quasi trente ans plus tard, ce fils d’immigrés portugais est devenu l’une des figures les plus emblématiques du mouvement street art en France. Fondateur du festival Ourcq Living Colors (dixième édition déjà en 2016), l’homme de 39 ans fait partie des 11 artistes sélectionnés par la Mairie de Paris pour donner un nouveau visage aux murs de 11 arrondissements dans le cadre du projet « Les œuvres d’art investissent la rue ». D’autres grands noms du street art partagent l’affiche à ses côtés : Noe Two, Hopare, Astro, Shaka et… son ami Marko 93.

Photo : Yann Mambert

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

La marque de fabrique de dAcRuZ ? De grands masques multicolores inspirés des arts primitifs découverts au cours de ses voyages (Amérique latine, Afrique et Asie). Des couleurs chaudes, vives, éclatantes qui illuminent les murs pour attirer le regard des passants. « Je voulais donner un caractère universel à mon art pour pouvoir parler à tout le monde, j’ai donc eu l’idée de peindre des masques que l’on retrouve dans toutes les civilisations. » Si l’homme a choisi d’être accessible au plus grand nombre, c’est aussi parce qu’il a conscience d’avoir un rôle social à jouer en tant qu’artiste. Non, les graffeurs ne sont pas des « pollueurs visuels », s’insurge dAcRuZ. Leur travail consiste au contraire à « embellir et valoriser le territoire, redonner des couleurs à des quartiers où la grisaille est prédominante », mais aussi offrir des fenêtres d’évasion « pour que les gens puissent s’échapper quelques instants de leur quotidien qui n’est pas toujours très rose. »

Le street art permettrait également aux habitants des quartiers populaires de se réapproprier l’espace public puisqu’il favoriserait « l’émergence d’une iconographie partagée, de repères communs, et donc d’une mémoire collective ». Une mémoire collective d’autant plus importante que les politiques de rénovation urbaine successives font régulièrement disparaître les traces du passé, estime dAcRuZ qui peint également sur toile dans son atelier du 6b. « Graffer dans la rue me permet d’interagir avec les gens. Mais j’aime aussi l’immersion totale de mon atelier, développer des techniques dans mon labo que j’expérimente ensuite dans la rue. Les deux univers se nourrissent mutuellement et participent à mon équilibre. » Une philosophie qui semble porter ses fruits puisque dAcRuZ est en train de se faire un nom dans le monde de l’art contemporain. 2016 a d’ailleurs été une année faste pour l’artiste avec pas moins de cinq expositions dans des galeries de renom (1). Prochain événement : une expo collective au Loft du 34 à Paris, en compagnie de six stars du street art, dont Marko93. Le vernissage est prévu le 1er octobre.

Julien Moschetti

(1) Galeries Laurent Strouk (Paris), Clémouchka (Lyon), Anne et Just Jaeckin (Paris), plus deux expositions au Loft du 34.

Publié dans le JSD (journal de Saint-Denis) le 16 septembre 2016.

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