Dans la tête des salariés de SFR

Après l’annonce, en juillet, de la suppression de 5 000 emplois, la direction de SFR évoque la piste d’un déménagement à l’horizon 2018. La goutte d’eau qui fait déborder le vase pour les salariés du site dionysien.

« La plupart des employés sont sous tension, tout le monde parle du plan de départs volontaires (PDV) »,observe Chantal (1) qui travaille à la direction des achats. Depuis l’annonce du vaste plan de suppression d’emplois (un tiers des effectifs du groupe), les rumeurs vont bon train dans les couloirs du campus SFR situé à la Plaine. Certaines directions seraient plus impactées que d’autres.

Cadre de la direction réseaux, Laurent croit savoir que « les fonctions support comme les achats ou les RH seront les plus touchées : 50 % de départs, contre 15 % pour les fonctions réseau qui sont le cœur de métier de SFR ». Les conditions du PDV ? « Entre 2 et 3 mois de salaire par année d’ancienneté, une offre raisonnable qui mérite réflexion », estime Laurent qui « vit plutôt bien » la situation actuelle : « On ne m’a pas dit, “on va te virer” mais “tu ne partiras pas si tu n’en fais pas la demande”. »

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

La direction marketing devrait également être épargnée, pronostique de son côté Joël qui attend de connaître les conditions financières du plan de départs pour se prononcer. D’après lui, le PDV devrait intéresser « de nombreux candidats » qui souffrent de la dégradation des conditions de travail depuis le rachat d’Altice/Numericable fin 2014 : « La moindre opération nécessite aujourd’hui la validation d’un financier. Cela finit par déresponsabiliser les managers qui en ont assez de devoir tout justifier. On passe plus de temps à faire de la gestion que de l’opérationnel, c’est devenu invivable. La direction se focalise uniquement sur les objectifs financiers, au détriment de la qualité de service. »

Ambiance morose également du côté de la direction commerciale : « On subit les conséquences des réorganisations et des retards de livraison, déplore Catherine. Les rémunérations ont été revues à la baisse depuis quelques années et la charge de travail augmente en raison des départs non remplacés. » Conséquence : « De nombreux commerciaux aimeraient profiter du PDV pour partir. »

« On a droit à une réorganisation tous les ans depuis 2014… »

L’ensemble des salariés serait fatigué par les atermoiements de la direction, selon Brahim Ben Maatoug, délégué syndical de l’UNSA : « On a droit à une réorganisation tous les ans depuis 2014. Quand Patrick Drahi est arrivé, la priorité, c’était la fibre. On nous parle maintenant d’alchimie entre les télécoms et les contenus. Mais le coup de grâce a été porté quand on a découvert le déménagement à l’horizon 2018 dans les orientations stratégiques (2). On nous a vendu en 2013 un site futuriste flambant neuf, un vaisseau amiral (le Campus SFR, ndlr).Des dispositifs incitaient les salariés à déménager à proximité de leur lieu de travail : primes, prêts au logement… »

Quatre ans plus tard, « on nous annonce quasi en même temps des suppressions de postes et le déménagement, déplore Brahim Ben Maatoug. Cela revient à dire : “si vous ne voulez pas aller à Balard (l’option la plus probable, ndlr), la seule possibilité qu’il vous reste, c’est le PDV.” C’est du chantage déguisé. »

Si le déménagement n’est pas encore officiel, les conséquences sur le moral des salariés sont déjà belles et bien réelles. « Les bruits qui courent  fragilisent les employés, confirme Jean-Michel à la direction réseaux. Certains n’étaient pas forcément candidats au PDV, mais si le temps de transport s’allonge trop, ils n’hésiteront pas à prendre un chèque. » Une chose est sûre dans ce maelstrom de rumeurs : les salariés de SFR ne savent plus sur quel pied danser. Et ce n’est pas l’annonce de l’externalisation du service clients (3) qui devrait améliorer la situation.

Julien Moschetti

(1) Les prénoms ont été modifiés pour des raisons de confidentialité, à l’exception de Brahim Ben Maatoug.

(2) On pouvait lire dans une note d’information diffusée en comité de groupe le 22 septembre dernier : « Un projet d’emménagement de SFR à place Balard (Paris XVe, où se trouve déjà le pôle Médias du groupe, ndlr) pourrait être envisagé à horizon 2018. »

(3) Plus de plus de 1 500 salariés du service clients SFR sont menacés par un projet d’externalisation à horizon 2017, chez le groupe marocain Intelcia (centres d’appel), racheté par Altice début septembre.

Publié dans le journal de Saint-Denis (JSD) le 13 octobre 2016.

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