Migrants : volte-face de l’Italie

Privilégier l‘usage de la force au droit humanitaire, éloigner les migrants de ses côtes, prêter main forte à la Libye pour le contrôle de ses eaux territoriales : le Parlement italien a adopté, début août, le principe du déploiement d’une flotte de six navires en Méditerranée, appuyant ainsi l’intervention des garde-côtes libyens pour intercepter et renvoyer les migrants en Libye. Cette stratégie italienne a, de facto, entraîné la suspension par plusieurs ONG, dont Médecins sans Frontières, des opérations de leurs navires de sauvetage. John Dalhuisen, directeur Europe à Amnesty International, dénonce « cette stratégie honteuse » qui vise non pas « à enrayer le nombre toujours croissant de victimes en Méditerranée centrale », mais à écarter « les réfugiés et les migrants des côtes italiennes ».

Réfugiés et migrants en Mer Méditerranée © ARIS MESSINIS/AFP/Getty Images

Un rapport récent d’Amnesty 1 reproche d’ailleurs aux gouvernements européens de fuir leurs responsabilités dans le sauvetage des migrants. Focalisés sur le renforcement de la coopération avec les garde-côtes libyens, ils ferment les yeux sur les noyades et les violations des droits humains (torture, viol…). Les Libyens ne respectent pas les règles élémentaires de sécurité, ce qui pourrait être à l’origine de mouvements de panique et de naufrages. Ils maltraitent également les migrants, en faisant notamment usage d’armes à feux.

L’Union Européenne (UE) avait pourtant incité en avril 2015 plusieurs pays à déployer des navires de sauvetage à proximité des eaux territoriales libyennes. Cette politique avait permis de réduire le nombre de décès en mer. Mais les gouvernements de l’UE ont fait marche arrière, préférant démanteler les réseaux de passeurs et empêcher les départs de bateaux depuis la Libye. Une stratégie vouée à l’échec selon le rapport, puisque les traversées sont de ce fait plus périlleuses (bateaux impropres à la navigation, manque d’équipement de sécurité à bord…), provoquant trois fois plus de décès qu’en 2015. « 2017 est en passe de devenir l’année la plus meurtrière pour la route migratoire la plus meurtrière du monde », s’indigne John Dalhuisen.

Julien Moschetti

1 : Rapport A perfect storm: The failure of European policies in the Central Mediterranean

Provocation : L’escapade maritime des militants identitaires européens du mouvement Defend Europe du C-Star au large de la Libye aura été de courte durée. Ils entendaient « contrecarrer les navires des ONG » croiser depuis le 5 aout? Les militants d’extrême droite du C-Star déclarent vouloir « arrêter le trafic d’être humains » afin de « raccompagner systématiquement sur les côtes africaines les bateaux remplis de migrants », et ce en violation du droit international. mais les syndicalistes tunisiens du port de Zarzis ont refusé le 7 aoüt de ravitailler « le bateau du racisme » . Qui depuis est à l’arrêt.  J.M.

Publié dans La Chronique d’Amnesty International en septembre 2017.

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