Mutisme sur un bain de sang

Combien de temps encore les autorités birmanes fermeront elles les yeux sur le massacre des Rohingyas ? Combien de temps la présidente Aung San Suu Kyi restera-t-elle sourde et muette face aux protestations de la communauté internationale ? Il y a un an, les combattants rohingyas avaient attaqué des postes de police, provoquant les représailles cruelles des autorités du Myanmar et l’exil de 30 000 membres de la minorité musulmane 1.

Photo : CAFOD Photo Library

Amnesty International avait alors dénoncé les nombreuses violations commises par l’armée : viols, homicides, tortures, incendies de villages… Dix mois plus tard, des événements similaires ont ravivé le spectre de la tragédie. Fin août, les attaques de l’Arakan Rohingya Salvation Army (Arasa) ont entraîné une répression meurtrière de l’armée birmane : 400 morts, dont une majorité de Rohingyas.

Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) : plus de 400 000 Rohingyas ont
été forcés au dernières de fuir les violences au Myanmar depuis août 2017. Ces réfugiés viennent grossir les rangs de 400 000 Rohingyas qui ont déjà fui les vagues successives de violences depuis le début des années 1990. Cet exode massif fait craindre une crise humanitaire d’une ampleur inégalée, dans un contexte de restrictions de l’aide internationale.

Photo : European Commission DG ECHO

« En bloquant l’accès des organisations humanitaires, les autorités mettent la vie de dizaines de milliers de personnes en danger », s’est indigné Tirana Hassan, directrice de programme à Amnesty International. Le Programme alimentaire mondial – accusé par Aung San Suu Kyi de soutenir les combattants rohingyas en distribuant des rations de survie aux réfugiés – a également suspendu ses opérations pour protéger ses employés.

Sous le feu des critiques, la chef du gouvernement birman persiste à nier les violences commises contre les Rohingyas : « Ce genre de fausse information est seulement la partie émergée d’un énorme iceberg de désinformation », a déclaré l’ex prix Nobel de la paix. « Des propos intolérables » selon Amnesty International.

Julien Moschetti

1 : Selon l’Organisation internationale pour les
migrations

Publié dans La Chonique d’Amnesty International en octobre 2017.

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