L’élitisme pour tous

L’ensemble vocal Sequenza 9.3 gratifiera les Dionysiens de deux représentations gratuites de musique contemporaine et classique, les 27 et 31 mars dans le cadre de la programmation « Concerts quartiers » du Festival de Saint-Denis.

Élitiste, savante, dissonante, inaudible… Ces adjectifs reviennent régulièrement dans la bouche des « non-initiés » pour qualifier la « musique contemporaine ». Des personnes qui ignorent la plupart du temps que cette appellation désigne une large diversité de courants de musique dite « savante » apparus depuis 1945 : musique concrète, électronique, aléatoire, répétitive… Ce qui signifie que certains courants réputés exigeants sont plus accessibles, plus mélodiques mais aussi plus ludiques que d’autres.

Décidé à combattre les idées préconçues, l’ensemble vocal Sequenza 9.3 a concocté le programme Axiome(s), quelque part entre musique contemporaine et musique classique. Huit chanteurs professionnels (2 sopranos, 2 altos, 2 ténors, 2 basses) exploreront a capella le spectre des tessitures vocales (du plus aigu au plus grave) dans le cadre de deux concerts gratuits : le 27 mars au théâtre de la Belle Étoile et le 31 mars à la Maison de quartier Floréal. Les concerts quartiers ont été lancés il y a dix ans, sous la férule du Festival de Saint-Denis.

Composé de solistes professionnels, Sequenza 9.3 dispose d’un CV musical bien garni depuis sa création en 1998. Qu’il s’agisse de l’interprétation de grands noms de la composition de musique classique et contemporaine (Philippe Hersant, Éric Tanguy, Ondřej Adámek, Alexandros Markeas…) ou de collaborations avec des musiciens ou formations internationalement reconnus : le violoniste Svetlin Roussev, le violoncelliste Henri Demarquette, l’Orchestre national d’Île-de-France…

Mais l’ambition première de Sequenza 9.3 est avant tout d’explorer de nouvelles voies musicales tout en éveillant le goût et la curiosité de chacun d’entre nous. Notamment grâce à la voix de ses chanteurs qui ont le don de rendre accessible des musiques réputées hermétiques. « La voix touche directement le public, souligne Catherine Simonpietri, la chef d’orchestre de Sequenza 9.3. À la différence des autres instruments de musique, il n’y a pas d’intermédiaire, pas d’obstacle entre le public et l’interprète. »

Le choix des œuvres est également mûrement réfléchi pour permettre à tout le monde de « rentrer » dans la musique. À l’image de l’œuvre principale du programme Axiome(s) conçue par le compositeur italien de musique expérimentale et électronique Luciano Berio : A-Ronne. « C’est une musique répétitive et hypnotique qui est très facile d’accès, revendique Catherine Simonpietri.Il s’agit d’une sorte de théâtre musical où les spectateurs, y compris les non-initiés, pourront attraper des sonorités de situations familières. Les chanteurs s’adressent les uns aux autres comme dans une scène de théâtre et interpellent le public. »

Autre moment fort en perspective : le Prelude in F Minor & Organ Fugue BWV 578 de Jean-Sébastien Bach qui propose un « langage universel que l’on retrouve dans les esthétiques musicales du monde entier, rappelle la chef d’orchestre, persuadée que  le fait de chanter les œuvres de Bach les rend plus humaines pour les auditeurs. » Là encore, le choix d’une fugue pour un concert « tout public » n’a rien d’un hasard.

« C’est une forme complexe qui consiste à répéter des temps musicaux à des temps précis, précise Catherine Simonpietri. Cette écriture ressemble à un assemblage de pierres et de briques que l’on insère dans une architecture pour ériger un magnifique monument. On ne va pas forcément comprendre la structure, mais on trouvera ça beau car cela touche profondément. » Et si c’était justement la spécificité de la musique en tant qu’art ? Son universalité, sa capacité à émouvoir sans besoin de formation préalable ? Pour en avoir le cœur net, rendez-vous lors des prochains concerts de Sequenza 9.3.

Julien Moschetti

Article publié le 26 mars 2018 dans le journal de Saint-Denis (JSD)

Leave a Comment