Airbnb : partenaire ou hors-la-loi ?

Alors que la Ville de Paris vient d’assigner en référé Airbnb pour ne pas avoir respecté la réglementation sur le numéro d’enregistrement des hôtes, zoom sur l’impact touristique de la plateforme de location de logements à Saint-Denis.

En l’espace de quatre mois, Guillaume a généré 2 400 euros de revenus via la plateforme Airbnb, avant de ralentir la cadence. Propriétaire d’un 48 m2 à proximité du métro Porte de Paris, cet entrepreneur de 32 ans loue sa « chambre privée » 40 euros la nuit. Mais il pourrait presque la louer« 200 euros » quand il reçoit« 30 demandes pour un concert au Stade de France ».

Comme Guillaume, de plus en plus de propriétaires font de la location de courte durée à Saint-Denis. Les derniers chiffres d’Airbnb pour la ville sont éloquents : 700 annonces en ligne, 16 000 arrivées voyageurs en un an (1), 800 euros de revenu annuel par hôte (2).

« Ce sont des retombées économiques directes pour la population locale, l’argent va directement dans les poches des habitants », se réjouit le directeur de l’Office de tourisme de Plaine Commune, Régis Cocault, qui relativise néanmoins l’impact d’Airbnb sur la fréquentation touristique locale : « En  dehors des événements du Stade de France, la plupart des touristes dorment sur le territoire pour visiter Paris. Ils sont prêts à faire quatre stations de métro en plus pour faire baisser les prix de l’hébergement. »

L’impact sur le tourisme local est « à double tranchant »

Décidé à changer la donne, Régis Cocault aurait bien aimé travailler avec Airbnb sur l’accueil des visiteurs et la promotion du territoire. En distribuant des brochures dans les chambres d’hôte ou en créant des passerelles entre les sites Internet. Mais la plateforme n’a jamais daigné se manifester. Or, « tous les acteurs du territoire sont coresponsables du bouche-à-oreille positif et de la qualité d’accueil des visiteurs, estime Régis Cocault. Nous devons tous veiller à ne pas les décevoir si nous désirons qu’ils reviennent. »

Saint-Denis reçoit régulièrement de nombreux touristes, comme ici pour l’Euro de foot 2016.

Quand un client est mécontent, c’est non seulement l’image de l’hôte (ou de l’hôtel) qui en pâtit, mais aussi l’image du territoire en général. « Quand les touristes ont une mauvaise expérience de leur nuitée, cela participe à entériner la mauvaise réputation de la ville », confirme Kathy Roger. La directrice du Novotel Suites Paris Stade de France pense que l’impact d’Airbnb sur le tourisme local est « à double tranchant » puisqu’il est étroitement lié à la qualité de la prestation de services et la qualité du logement de l’hôte.

« L’offre Airbnb permet d’accueillir le touriste chez soi, de lui faire découvrir la ville, de le faire consommer sur le territoire. Les effets sont positifs s’il s’agit d’un appartement digne de ce nom avec un vrai sens de l’accueil. Mais quand tout ne se passe pas comme on le souhaite, on en veut à la terre entière. » Kathy Roger en parle en connaissance de cause puisqu’elle a« accueilli plusieurs fois des personnes qui avaient réservé des logements Airbnb à proximité du Stade de France, mais le propriétaire de l’appartement ne s’est pas présenté… »

Airbnb fait fi de la taxe de séjour

Autre problème souligné par Kathy Roger : les plateformes de locations en ligne ne sont pas soumises aux mêmes contraintes légales et fiscales que les hôteliers. « Airbnb, c’est de la concurrence déloyale vis-à-vis des hôteliers. Les hôtels embauchent du personnel et payent des taxes  pour exercer leur activité sur le territoire, ce qui n’est pas le cas des plateformes. »

Kathy Roger fait allusion à la taxe de séjour qu’Airbnb a toujours refusé de reverser aux collectivités du territoire. Or, « la taxe de séjour permet aux collectivités d’assurer leur mission de service public, qu’il s’agisse de l’amélioration de la voirie ou de l’habitat urbain », rappelle Régis Cocault qui a subi de plein fouet la baisse des recettes de la taxe de séjour en 2017. Conséquence : « Nous avons moins d’argent pour mener des actions de promotion ou d’animation sur le territoire. »

Mais la situation est sur le point de changer. Mis devant le fait accompli, Airbnb a déclaré en janvier qu’il reverserait 13,5 millions d’euros de taxe de séjour à 50 communes françaises en 2018 (3). S’il est encore trop tôt pour savoir si le territoire sera concerné par cette annonce, une chose est sûre : la loi de finances rectificative pour 2017 obligera les plateformes de location type Airbnb (4) à collecter la taxe de séjour pour la reverser aux collectivités, à compter du 1er janvier 2019.

Julien Moschetti

(1) Une arrivée peut correspondre à une ou plusieurs nuitées.

(2) Valeur médiane du revenu total gagné par l’hôte sur la période d’un an couverte par l’étude. Le revenu annuel est présenté pour un hôte type.

(3) Soit deux fois le montant verséen 2016.

(4) Plateformes et intermédiaires de paiement (Abritel, Airbnb…) pour les loueurs non professionnels.

Publié dans le journal de Saint-Denis (JSD) le 23 avril 2018.

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