Mathieu Petithomme : plusieurs vies en une

Touche-à-tout, ce politologue spécialiste des nationalismes jongle avec brio avec ses multiples vies : maître de conférences, militant pour la France Insoumise, directeur de collection dans l’édition, chroniqueur TV et radio…

« Je suis curieux, éclectique et hyperactif. Je m’intéresse à tout et je change de mode régulièrement. Il faut un peu de temps pour m’apprivoiser car j’ai un côté “éléphant qui rentre dans un magasin de porcelaine”. » Mathieu Petithomme n’est pas plus maladroit que les autres, mais il a conscience qu’il faut s’accrocher pour réussir à le suivre.

À 32 ans, le politologue a déjà plusieurs vies derrière lui. Issu d’un milieu modeste, le Normand a d’abord caressé le rêve d’une carrière de footballeur professionnel. Jusqu’au jour où il est « tombé dans le bain politique », lors des manifestations anti-FN de la campagne présidentielle de 2002. Militant à l’UNEF puis Attac, il prend sa carte au PC en 2008, avant de rejoindre la France Insoumise en 2016.

Un engagement politique qui ne l’a pas empêché d’accomplir un parcours universitaire sans faute : Sciences Po Paris, Institut universitaire européen de Florence (IUE), doctorat en 2010, maître de conférences à l’âge de 26 ans… Six ans plus tard, il enseigne toujours la science politique à l’université Bourgogne-Franche-Comté. Tout en résidant depuis 2010 à Saint-Denis, « une ville laboratoire pour le changement politique » qu’il apprécie pour « la richesse de son tissu associatif et militant ».

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

Autre casquette endossée par Mathieu : la direction de la collection « Politique Comparée » des Éditions L’Harmattan pour « permettre aux collègues universitaires de publier leur thèse »… Un coup de pouce des aînés dont n’a pas bénéficié Mathieu, lui qui n’était « pas prédisposé à faire une carrière universitaire » car il n’a pas eu« la chance d’avoir des parents qui ont fait de longues études ». Confronté à un milieu élitiste à la fac, il met les bouchées doubles pour dépasser ses complexes :

« J’ai  compris que le travail permettait de s’émanciper, que je pouvais me hisser au niveau des autres. » Dix ans plus tard, ce stakhanoviste des temps modernes a écrit dix livres et une cinquantaine d’articles scientifiques. Ses spécialités ? Les partis politiques et les mouvements sociaux, mais aussi les nationalismes d’Europe du Sud (Espagne, Chypre…). Il a notamment travaillé sur Podemos, le nouveau parti espagnol qui « relaye dans les institutions les revendications des mouvements sociaux : droit au logement, accès à l’eau, transparence… ».

Ces travaux permettent au politologue d’avoir un regard aiguisé sur les mutations politiques d’aujourd’hui. Premièrement, « la volatilité électorale (changement de parti politique entre deux élections, ndlr) est de plus en plus importante car les citoyens sont de moins en moins attachés aux partis politiques ». Deuxièmement, on assiste « au déclin des grandes idéologies ». Troisièmement, « les citoyens se rallient à de nouvelles utopies mais peuvent s’en détacher rapidement car ils sont de plus en plus exigeants et critiques ».

À titre d’exemple, « les discours “langue de bois” fonctionnent de moins en moins car les citoyens décryptent mieux les codes de la communication politique ». Mais l’analyse politique a ses limites quand on aspire à « changer la politique ». C’est pourquoi Mathieu milite activement avec la France Insoumise tout en faisant entendre sa « voix dissonante » dans le paysage médiatique (C dans l’air sur France 5, BFM TV, France Info, RFI…) Car « le rôle d’un intellectuel, c’est aussi d’être impliqué dans le débat public, de mettre ses connaissances au service du changement politique. »

Quitte à vivre à 2 000 à l’heure, 24h/24 ? « Je m’arrête quand je n’en peux plus physiquement, mais ça ne dure jamais plus de deux  jours… » Mais Mathieu promet de « se poser un peu plus » dans les mois qui viennent. Pour une raison évidente : il sera bientôt « papa ».

Julien Moschetti

Publié dans le Journal de Saint-Denis (JSD) le 11 avril 2018.

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