Pierre Ravenel : recycleur en série

Ce militant écologiste de 42 ans a créé son entreprise pour lutter contre le gaspillage alimentaire dans le secteur de la restauration collective, tout en venant en aide aux plus démunis.

Consultant en développement durable durant une dizaine d’années, Pierre Ravenel commençait à ressentir « une certaine lassitude », frustré de « donner des conseils qui n’étaient pas toujours suivis ». Jusqu’au jour où le Dionysien d’origine bretonne a été mandaté par la région Rhône-Alpes pour mesurer l’impact carbone (1) des repas servis dans ses lycées. Objectif assigné : acheter local pour lutter contre le réchauffement climatique.

Mais « on s’est rendu compte que le levier le plus efficace était de réduire le gaspillage alimentaire en faisant en sorte de jeter le moins possible ». Résultat : « une baisse de 20 à 40 % de repas jetés » dans les établissements scolaires. Sans oublier les conséquences positives sur le plan budgétaire et sanitaire : « Nous avons fait 10 % d’économie sur les achats alimentaires d’un collège qui avait désormais les moyens de proposer une alimentation de qualité. J’avais vraiment le sentiment de changer la donne. »

Photo : Yann Mambert. Droits réservés.

Cette prise de conscience conduit Pierre Ravenel à lancer son affaire avec deux associés en septembre 2016. Implantée à Saint-Denis, « Excellents Excédents » accompagne les entreprises et les établissements de restauration collective dans la lutte contre le gaspillage alimentaire pour « qu’un maximum de repas en excédent ne termine pas à la poubelle ». Un combat qui prend tout son sens quand on sait qu’environ un tiers de la production alimentaire destinée à la consommation humaine est perdu (2). Si les foyers sont responsables de 70 % du gaspillage, le secteur de la restauration collective est loin d’être irréprochable : « Les cuisines centrales jettent 10 000 à 40 000 repas par jour, soit 3 % des repas produits. » Or, « les activités liées à la production alimentaire ont un impact important sur le réchauffement climatique : émission des gaz à effet de serre liée aux transports, énergie déployée pour faire la cuisine et éliminer les déchets… »

Pain perdu et palettes en bois

Mais Excellents Excédents ne se contente pas de combattre le réchauffement global et le gaspillage alimentaire. L’entreprise commercialise en priorité les excédents récupérés à des associations d’aide alimentaire (3) pour aider les plus démunis. Des associations qui achètent à moindre coût « des repas de qualité diversifiés », ce qui leur permet « de répondre à des besoins croissants » dans un contexte de baisse des subventions et d’augmentation du taux de pauvreté. Or, cette mission n’aurait pas été possible sans la générosité des donateurs, au rang desquels figure la Ville de Saint-Denis : « C’est la première à nous avoir suivis, la première à avoir signé une convention de dons. » Conséquence : une baisse de 36 % du gaspillage alimentaire dans les écoles dionysiennes en l’espace de 6 mois.

Pierre Ravenel espère désormais étoffer son portefeuille de donateurs pour atteindre l’objectif de 500 repas livrés par jour dans le département, avant « d’essaimer sur l’Île-de-France ». Mais c’est aussi à l’échelle individuelle que notre Dionysien milite : « Il m’est arrivé de récupérer des œufs dans une poubelle pour faire des îles flottantes. Du pain sec, aussi, pour le transformer en pain perdu. Je fais de la compote ou des sorbets à partir de fruits un peu pourris… »

Pierre Ravenel s’investit également dans les Amap et les coopératives alimentaires de Saint-Denis, tout en boycottant « la grande distribution qui propose des promotions en nombre auxquelles on a du mal à résister ». Mais ce n’est pas pour autant qu’il résiste à toutes les tentations : « Quand je passe à vélo devant un tas de palettes en bois, je me demande toujours si je pourrais utiliser ces trucs dont personne ne veut pour fabriquer des meubles, des lampes ou des décors de théâtre. » Une énième corde à son arc pour « lutter contre l’impasse de la surconsommation de masse ».

Julien Moschetti

(1) Outil de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre, devant tenir compte de l’énergie primaire et de l’énergie finale des produits et services.
(2) Selon une étude de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) en 2011.
(3) Restos du cœur, Secours populaire, Secours Islamique…

Leave a Comment