Drogue : les produits à surveiller cet été

La multiplication des événements festifs durant la période estivale (festivals, rave, soirées…) en fait une période privilégiée pour découvrir, expérimenter ou consommer plus régulièrement des drogues. Qu’il s’agisse de substances « anciennes » comme la cocaïne, de la MDMA ou de nouveaux produits de synthèse, comme les cathinones et les cannabinoïdes.

Le Dr Laurent Karila, psychiatre addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (94), fait un tour d’horizon des propriétés et des risques liés à la consommation de ces différentes substances, toutes potentiellement dangereuses.

Quelles sont les drogues à surveiller de près cet été ? Quelles sont celles qui vous paraissent les plus dangereuses ?

Dr Laurent Karila : Toutes les drogues sont potentiellement dangereuses car on ne pas prédire d’un danger ou d’un accident lors d’une consommation. Je préfèrerais donc parler des drogues les plus accessibles dans les espaces festifs cet été : la cocaïne, la MDMA ou l’ecstasy. Mais il y a aussi une autre partie du marché de la drogue qui est dominée par les nouveaux produits de synthèse (NPS) vendus sur internet. Ils imitent les effets des drogues stimulantes : cocaïne, amphétamine, MDMA, méthamphétamine…  Quand vous achetez ces produits, vous ne connaissez pas leur composition exacte, cela ajoute un danger supplémentaire dans le baromètre de risques. C’est un peu comme acheter des médicaments sur internet. C’est la raison pour laquelle il y a beaucoup d’accidents. On pourrait aussi parler du GBL, un précurseur du GHB. C’est un produit chimique que l’on retrouve dans les solvants industriels, notamment pour nettoyer les jantes de voiture. Cette drogue est très présente dans le milieu de la nuit et le milieu gay, les accidents se multiplient. Enfin, l’alcool demeure évidemment une substance à risques. Il y a, en effet, aujourd’hui plus d’accidents avec l’alcool qu’avec la cocaïne ou la MDMA.

Laurent Karila. Droits réservés.

Selon un rapport récent de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA), environ 2,3 millions d’adultes âgés de 15 à 34 ans auraient consommé de la cocaïne au cours de l’année écoulée. Est-ce que vous observez une consommation croissante sur le terrain ?

Dr L. Karila : Oui, la cocaïne est une drogue très présente qui n’est plus cloisonnée à certaines couches sociales. Elle est disponible, donc tout le monde peut en prendre s’il le désire. Elle est d’abord consommée pour ses propriétés euphorisantes, mais sa consommation devient vite ingérable. C’est aussi une drogue très addictive avec un potentiel d’action très sournois parce qu’on pense maitriser le produit mais on est vite dépassé par les événements. Autre problème : elle est souvent mixée à l’alcool, sous oublier que les descentes de cocaïne sont gérées avec d’autres produits, comme le cannabis par exemple. Les risques liés à sa consommation sont multiples : risque vasoconstricteur, risque cardiaque non négligeable… Le syndrome coronarien aigu (SCA) est multiplié par 24 dans les 60 minutes qui suivent la prise, quel que soit le nombre de prises : une fois, deux fois, dix fois… Des risques de trouble du rythme cardiaque et des risques infectieux (VIH, hépatites…) sont aussi associés à la prise de cocaïne : pas de protection lors des rapports sexuels, partage des pailles… Il y a enfin des risques d’ordre neurologique : crises épileptiques, accidents vasculaires cérébraux

Plus de 67 000 patients européens ont entamé un traitement spécialisé pour des problèmes liés à la cocaïne en 2016. Qu’en est-il en France ?

Dr L. Karila : Il y a de plus en plus de demandes de prise en charge. Cela reste prédominant chez les hommes, mais les femmes viennent aussi consulter pour des problèmes de cocaïne. D’où l’importance pour les médecins de faire du repérage chez leurs patients en les interrogeant systématiquement sur leur consommation, comme ils le font pour le tabac et l’alcool. Ont-ils déjà goûté le produit ? Ont-ils eu des accidents suite à une prise de la cocaïne ? Quand les patients ne peuvent pas se gérer eux-mêmes, il faut établir un diagnostic d’addiction qui peut déboucher sur une prise en charge des addictologues. En cas d’attaque de panique ou d’épisode délirant, on peut aussi orienter le patient vers des consultations psychiatriques.

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Quelles drogues sont plus spécifiques au milieu festif ?

Dr L. Karila : La MDMA (ou ecstasy) qui est plutôt une drogue qui s’adresse aux jeunes de 15/25 ans.  Il y a un retour d’une MDMA assez pure qui attire beaucoup les jeunes, c’est particulièrement inquiétant. En effet, plus le produit est pur, plus il y a de risques d’accidents. C’est une drogue très festive et bon marché que l’on retrouve beaucoup dans les boîtes de nuit. Elle est consommée avant tout pour ses effets stimulants et empathogènes. Les risques aigus liés à sa consommation sont les suivants : syndrome d’hyperthermie maligne susceptible de conduire à un transfert en réanimation, cas d’hépatite fulminante… Je rappelle qu’il est possible de mourir d’une consommation de MDMA. Il ne s’agit pas d’un effet de dose. Certains se disent : « Je vais consommer une fois de la MDMA et il ne va rien m’arriver », mais c’est faux. On ne peut pas prédire ce qu’il va arriver car cela dépend de la vulnérabilité de chacun, ce qui est valable pour toutes les drogues.

Quelles sont les nouvelles tendances à propos de la consommation des NPS ?

Dr L. Karila : On assiste à un mini-boom de certains NPS comme les cathinones de synthèse (méphédrone, 4-MEC, MDPV…) dont les effets se rapprochent de ceux provoqués par les amphétamines ou la cocaïne. Les NPS sont essentiellement recherchés pour leurs effets stimulants, empathogènes, euphoriques ou sociabilisants, voire pour augmenter ses performances sexuelles… On observe de nombreux accidents liés à leur consommation qui conduisent aux urgences (accidents cardiaques, neurologiques, psychiatriques…) mais aussi des cas de décès reportés dans la littérature internationale. Elles sont bon marché et circulent sur internet malgré leur interdiction, si bien que certains en consomment en grande quantité. Quant aux cannabinoïdes de synthèse (CS), leur consommation peut provoquer des overdoses en raison de leurs propriétés pharmacologiques.

Propos recueillis par Julien Moschetti

Publié sur le site d’information médical Medscape le 31 juillet 2018.

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