Le 190 : un centre de santé sexuelle unique en France

Prévention et suivi du VIH, dépistage et traitement des IST, sexologie, PrEP… La sexualité est au centre de la prise en charge du 190, un centre de santé sexuelle parisien qui propose une offre complète de prévention, de soin et de dépistage. Fondée par le Dr Michel Ohayon et animée par une équipe multidisciplinaire (médecins, infirmiers, psychologue, psychiatre, sexologue…), cette structure a réalisé près de 10 000 consultations médicales en 2017 et assure le suivi de plus de 700 personnes séropositives. C’est aussi un centre communautaire qui cible en priorité la population HSH (hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes) chez qui la prévalence pour le VIH est très élevée.

Ouvert en 2010, et hébergé jusqu’à présent au sein du SPOT de l’association AIDES dans le 3ème arrondissement de Paris, le 190 – qui s’est notamment inspiré de la Clinique l’Actuel à Montréal – inaugure aujourd’hui ses nouveaux locaux, situés au 90 rue Jean-Pierre Timbaud (Paris 11). L’occasion de faire connaissance avec cette structure unique en France qui de par sa connaissance fine de la sexualité et du mode de vie gay contribue à une prise en charge sans stigmatisation, avec un objectif clairement affiché : enrayer l’épidémie du VIH.

Aborder plus facilement la sexualité

« A la fin des années 2000, beaucoup de patients séropositifs pour le VIH avaient encore du mal à parler de leur sexualité à leur médecin, a observé Marc Frémondière, cadre infirmier et coordinateur des soins du 190. Une pudeur s’installe quand il s’agit d’aborder sa vie sexuelle, beaucoup ont peur d’être jugés ou de rompre une relation de confiance. » Cette peur du jugement disparait en partie au 190 parce que c’est justement « un centre de santé sexuelle clairement étiqueté. Les personnes savent de quoi on va parler et abordent beaucoup plus facilement leur sexualité », poursuit Marc Frémondière.

Même son de cloche du côté du Dr Stéphane Lasry, l’un des médecins du 190. Ce spécialiste des IST fin connaisseur de la lutte contre le VIH reçoit régulièrement des patients suivis par des médecins qui ne leur ont jamais posé de questions sur leur sexualité : « Les patients sont gênés quand il s’agit de parler de sexe. Au 190, les patients savent à quoi s’attendre en poussant la porte. »

S’adapter aux problématiques de chaque patient

Le centre propose également une prise en charge globale en santé sexuelle pour s’adapter aux problématiques de chaque patient. « En général, il n’y a pas de difficultés d’accès aux connaissances, mais c’est plutôt leur mise en application qui est complexe », a constaté le Dr Stéphane Lasry. Quand un patient a du mal à mettre en application les principes élémentaires de prévention, la prise en charge globale proposée par le 190 prend tout son sens, puisque au-delà de l’aspect strictement médical, il peut être orienté vers un psychologue, un psychiatre, un sexologue ou un addictologue. Le « temps infirmiers » (prises de sang, vaccinations, soins, éducation thérapeutique…) est également un moment d’échange privilégié et fait partie intégrante de cette prise en charge globale », précise le Dr Stéphane Lasry.

Autre spécificité du 190 : son approche communautaire, ce qui permet de proposer un discours et une prise en charge adaptés à différents types de populations, en particulier les HSH dont la prévalence pour le VIH est extrêmement élevée : 16,1 % selon le rapport Prevagay de 2015. « 95 % de nos patients sont des HSH, la moyenne d’âge est d’environ 37 ans. Notre patientèle est assez homogène sur le plan des risques associés aux pratiques sexuelles dans un contexte où l’environnement est particulièrement exposant (prévalence du VIH et des IST), précise Marc Frémondière. Nous avons développé au cours du temps une expertise adaptée aux besoins de cette population. »

Eviter la stigmatisation

Les patients reçus au 190 sont « en général plutôt sexuellement actifs, estime le Dr Stéphane Lasry. La connaissance de certaines spécificités de la sexualité et du mode de vie gay par l’ensemble de l’équipe évite la stigmatisation et permet une prise en charge adaptée. » Le 190 a d’ailleurs mis en place un check-up des IST (surnommé « contrôle technique ») spécifique, adapté aux pratiques et au contexte de l’activité sexuelle (fréquence des rapports, nombre de partenaires, prises de risques…).

L’équipe du 190

Le 190 a été le premier centre français à utiliser des « techniques de dépistage adaptées aux sexualités généreuses et exploratoires », peut-on lire sur son site internet. Cela consiste en un dépistage systématisé et répété des IST par des prélèvements locaux sur trois sites (gorge, urinaire et rectal) afin de compléter le bilan sérologique sanguin. Un dépistage multi-site qui concerne également les personnes vivant avec le VIH, précise le Dr Stéphane Lasry qui déplore que le suivi des patients séropositifs ne soit trop souvent limité qu’au bilan de surveillance de leur infection par le VIH.

Connaitre les substances psychoactives en vogue

Autre spécificité du public gay fréquentant le 190 : une consommation (parfois importante dans le milieu festif) de substances psychoactives. Les pratiques dites de « slam » (injection intraveineuse de substances dans un contexte sexuel « hard ») ou l’avènement des soirées chemsex (pratiques de consommation de substances psychoactives dans le cadre de relations sexuelles) auraient amplifié le phénomène. Ces marathons sexuels sont associés à des cocktails de drogues (cocaïne, MDMA, cathinones de synthèse…) consommées pour démultiplier les plaisirs sexuels.

Là encore, le 190 a su s’adapter au cours du temps à l’évolution des pratiques autour de la sexualité, et à l’usage des drogues dans le contexte sexuel. « Il est important que l’ensemble des soignants ait des connaissances sur les drogues de synthèse utilisées de façon à favoriser les échanges et proposer une prise en charge si le patient le souhaite. Par exemple, lorsqu’un patient nous dit qu’il consomme de la 3-MMC (cathinone de synthèse, ndlr) qui est actuellement en vogue dans le milieu gay, il faut être capable de connaitre et comprendre les effets recherchés, les modes d’administration, les risques associés », estime le Dr Stéphane Lasry.

C’est pourquoi « il est préférable que le soignant connaisse les drogues de synthèse, notamment quand un patient nous dit qu’il consomme de la 3-MMC qui est actuellement en vogue dans le milieu gay, estime le Dr Stéphane Lasry. Au 190, les soignants ont non seulement beaucoup travaillé sur la sexualité mais sont aussi au courant de ces problématiques de drogue. »

Pionnier de la PreP

Le 190 est également un pionner de la PrEP en France, un traitement préventif contre le VIH. Il accompagne plus de 700 usagers de PrEP, ce qui en fait le deuxième centre de prescription et de dispensation de PrEP en France. « Les études montrent que la PrEP donne d’excellents résultats, observe le Dr Stéphane Lasry. C’est une réponse adaptée à plusieurs niveaux : cela permet non seulement de ne pas se faire contaminer par le VIH, mais aussi de dépister et de traiter les IST, d’aborder les problèmes de sexualité et de drogue grâce à un calendrier de suivi régulier. » 

Le centre de santé sexuelle défend enfin le principe du TasP (Treatment as prevention) qui consiste à traiter une personne séropositive avec un traitement antirétroviral. Cette stratégie de prévention permet de rendre la charge virale indétectable et réduit très efficacement le risque de transmission du virus. Les personnes vivant avec le VIH peuvent ainsi se libérer de la peur de la transmission. « Cette peur peut parfois nécessiter des explications ou un accompagnement de la part des équipes soignantes, auprès des personnes séropositives comme des personnes séronégatives, constate le Dr Stéphane Lasry. Mais, dans les faits, la contamination par les personnes vivant avec le VIH ne se fait plus lorsque la charge virale est indétectable. Enfin, la prévention combinée incluant PrEP et TasP permet de faire diminuer l’incidence du VIH. »

Julien Moschetti

Publié sur le site d’information médical Medscape le 23 octobre 2018.

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