De l’électricité dans l’air

À l’heure où le démantèlement de la centrale EDF s’accélère à Vitry-sur-Seine, retour sur l’histoire d’un siècle de production d’électricité. Avant d’envisager le futur.

Ce n’est pas un hasard si quatre centrales électriques ont été construites à Vitry en l’espace d’un siècle. La proximité de la Seine et de la voie ferrée facilitaient l’acheminement et l’approvisionnement des chaudières en charbon. Nécessaire à la fabrication de la vapeur et au refroidissement des installations, l’eau était puisée dans la Seine. À l’image de la première centrale électrique de Vitry qui fut mise en service en 1901 pour alimenter les tramways de l’Est parisien. À l’époque, l’électricité est principalement produite pour un usage industriel. Elle fournit la force motrice des machines, en particulier pour le fonctionnement des transports : chemins de fer, métro, tramway…

Dans les années vingt, les besoins énergétiques explosent

La deuxième centrale de la ville, l’usine électrique Thomson (ou Vitry-Nord), est construite entre 1907 et1908 pour fournir de l’électricité aux nouvelles voitures des tramways de Paris-Sud, avant sa démolition à la fin des années trente. Mais c’est dans l’entre-deux-guerres que les centrales thermiques commenceront à alimenter le réseau de chauffage urbain de la région parisienne.

Conséquence : les besoins énergétiques explosent. Mise en service en 1922, la centrale thermique de Gennevilliers peine à répondre à la demande. L’entrée en activité de la centrale Arrighi en 1928 arrive donc à point nommé. Plus puissante centrale d’Europe dans les années trente, elle alimente plus du quart des besoins en électricité de la région parisienne, avant de réduire son activité dans les années soixante-dix, puis de fermer en 1985.


La Centrale Arrighi

Quant à la centrale EDF et ses deux illustres cheminées, elle fut mise en service en 1966, notamment pour remplacer une centrale Arrighi arrivée en fin de vie. Démarré en 2016, le chantier de déconstruction s’inscrit dans le cadre de la stratégie de modernisation du parc de production d’électricité d’EDF. Le démantèlement du site fait l’objet d’un accompagnement artistique de la compagnie Tangible pour que les habitants conservent une mémoire du lieu et de son histoire avant sa destruction. Prochaine étape courant 2019 : la déconstruction du parc à charbon, puis du bac à charbon. Le chantier de démantèlement devrait durer jusqu’en 2028.

Quant aux cheminées, dont la chaleur conservait le béton et le ferraillage lorsqu’elles fonctionnaient, elles sont en train de dépérir. “EDF a décidé de les faire disparaître pour des raisons de sécurité, mais on verra ce qu’il adviendra, cela fait partie du bras de fer avec notre partenaire, les cheminées du Havre ont bien été conservées, exprimait le maire, Jean-Claude Kennedy, lors du Mardi d’Imagine organisé en juin dernier à l’espace Marcel-Paul, au pied de la centrale. Nous sommes très attachés à notre patrimoine industriel et nous nous battons aussi pour conserver la roue-pelle restante.

Conserver un pôle de production d’énergie

Reste à savoir ce qui sortira de terre en lieu et place de la centrale EDF. La municipalité désire conserver un pôle de production d’énergie, en souhaitant la construction, par exemple, d’une structure plus moderne et moins gourmande en foncier, ce qui permettrait d’accueillir de nouvelles entreprises sur le site. “La centrale actuelle occupe 40 hectares, donc si la future centrale s’étend sur 17 hectares, il resterait 23 hectares pour accueillir de nouvelles activités économiques”, envisage Emmanuel Gilbert, chef du service Projets urbains de la ville.

Centrale EDF

Un beau projet sur le papier qui devra néanmoins être validé par l’État. La centrale EDF est en effet située en plein coeur du projet d’aménagement des Ardoines, identifié en 2007comme opération d’intérêt national (OIN). Du côté d’EDF, le débat n’est pas non plus tranché. “L’ouverture d’unenouvelle centrale à Vitry passerait par la fermeture de centrales existantes, affirme Emmanuel Gilbert, qui met le doigt sur un autre paramètre susceptible de faire pencher la balance du côté de Vitry. La majorité des centrales électriques sont aujourd’hui situées en dehors de l’Île-de- France. L’électricité est acheminée par des lignes à haute tension, ce qui peut poser des problèmes en cas de panne. C’est pourquoi EDF aimerait réintroduire des centrales dans le périmètre de la région Île-de-France.” Verdict dans quelques années.

Julien Moschetti

Publié dans Vitry le mensuel en janvier 2019.

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