Jouets verts et solidaires

Jouets écologiques, responsables, éthiques, sains, économiques… Dans la lignée des préoccupations environnementales croissantes des Français, les parents recherchent de plus en plus des jouets verts et durables, de préférence à petits prix. De nouveaux modes de consommation qui expliquent en grande partie le succès de l’association Rejoué qui récolte des dizaines de tonnes de jouets d’occasion par an pour leur donner une deuxième vie. Une réussite qui fait des émules à Vitry.

Des jouets en veux-tu en voilà, par dizaines de milliers. Des montagnes de jeux à perte de vue, comme si le Père Noël en personne avait choisi d’installer son centre de tri officiel ici, à Vitry. La recyclerie de Rejoué a des allures de caverne d’Ali Baba. Créée en 2012, l’association est spécialisée dans le réemploi de jouets d’occasion. Son activité ? Collecter sous forme de dons (particuliers, entreprises, écoles, crèches…) des jouets ayant déjà servi, avant de les nettoyer, de les réassembler et de les vendre.

Une fois triés selon les normes en vigueur, les heureux élus conservés sont classés par catégories (jeux de société, loisirs créatifs, poupées/poupons, marionnettes/figurines, jeux en bois, jeux d’imitation…) avant d’être valorisés : recomposition, assemblage, nettoyage écologique, contrôle qualité, emballage, étiquetage… Une fois remis à neuf, ils sont vendus à petits prix, de -50 % à -70 % du prix du jouet neuf aux particuliers (boutiques de l’association) et aux professionnels. Rejoué a également une mission sociale puisqu’elle emploie des personnes touchées par la précarité (trente au total), afin de les accompagner dans l’élaboration  de leur projet professionnel (emploi, formation…).

La recyclerie de Rejoué

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le concept de Rejoué fonctionne : 33 tonnes de jouets collectés en 2016, 43 tonnes en 2017, 60 tonnes en 2018 si les pronostics de Nathalie Ourry, la directrice de l’établissement, se révèlent exacts. Contrainte d’augmenter ses capacités de stockage, l’association s’est installée en juillet 2017 à Vitry, plus précisément dans les anciens locaux du centre de tri postal (2 000 mètres carrés).

Faire des dons de jouets et acheter responsable

Mais nous sommes tellement sollicités qu’on a du mal à répondre à tous les dons de jouets, nous n’avons quasiment plus d’espace pour les collecter, constate Nathalie Ourry. C’est la preuve que cela a aujourd’hui de plus en plus de sens de faire des dons de jouets et d’acheter responsable.” Mais ce n’est pas pour autant que toutes les personnes qui donnent ou achètent leurs jouets chez Rejoué sont des écologistes convaincus. “En général, les gens commencent par donner des jouets pour ne pas les jeter à la poubelle, a observé Nathalie Ourry. Puis ils se rendent compte qu’ils peuvent aussi en acheter et découvrent une autre manière de consommer.

Et d’identifier deux profils type de clients fréquentant les boutiques Rejoué : les parents à la recherche de “petits prix” et ceux qui “viennent pour le sens”. Pour ces derniers, “la partie environnementale a au départ plus d’importance que la partie sociale (aide au retour à l’emploi durable, NDLR), poursuit Nathalie Ourry. Ils se disent qu’ils contribuent ainsi à limiter les déchets sur la planète en prolongeant l’espérance de vie des jouets. Puis ils découvrent notre volet insertion et comprennent que leur geste est d’autant plus utile.

Les jeux d’occasion ont également un intérêt pédagogique non négligeable selon Nathalie Ourry : “Les parents peuvent expliquer à leurs enfants qu’ils prolongent la vie des jouets et qu’ils ne seront donc pas jetés à la poubelle. C’est une manière d’évoquer le gaspillage alimentaire avec les enfants, mais aussi d’échanger sur des questions environnementales ou sociales.

Cet intérêt croissant des parents pour les jeux d’occasion verts, responsables et sains correspond à l’avènement de nouveaux modes de consommation. Selon un sondage réalisé en 2016 par le leader européen de l’occasion Troc.com, 69 % des Français seraient tentés de faire leurs achats de Noël parmi des objets d’occasion.

À l’origine de cette tendance : la crise économique et la baisse du pouvoir d’achat, puisque 48 % des sondés avouaient être attirés par les prix attractifs des objets de seconde main. Autre facteur : l’importance croissante des préoccupations environnementales, 14 % des sondés voyaient dans ces achats une démarche citoyenne, ce qui faisait dire à Frédéric Husson, responsable communication du réseau Troc.com : “acheter un objet de seconde main a une dimension écologique”.

Ces nouvelles habitudes de consommation ne datent pas d’hier, mais elles se renforcent : 75 % des Français achetaient déjà des produits d’occasion en 2012, contre 59 % en 2004, selon une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie 1 (ADEME) en 2014. Une tendance confirmée par la récente enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie 2 (CREDOC) qui attribue ces modes de consommation toujours plus “verts” et “durables” à plusieurs facteurs : durée et dureté de la crise économique, développement de la société collaborative, montée en puissance des valeurs écologiques (agriculture bio, sensibilité environnementale…).

La prise en compte croissante de critères verts et le désir de faire des économies pousseraient plus en plus de personnes à adopter des écogestes : consommer moins, louer des produits au lieu de les acheter, acheter d’occasion…

Développement durable et économie circulaire

On retrouve également cette tendance chez un nombre croissant d’entreprises et de collectivités territoriales. À l’image de Vitry, dont la municipalité a récemment passé un marché public avec Rejoué pour l’achat de jouets d’occasion. Entré en vigueur en septembre, il concerne les structures de la petite enfance et de l’enfance de la ville : trois ludothèques, sept crèches et trente et un centres de loisirs.

Cela entre en adéquation avec la politique municipale qui s’oriente de plus en plus vers le développement durable et l’économie circulaire, sans oublier la dimension sociale, car nous participons à soutenir l’insertion professionnelle des Val-de-Marnais”, se réjouit Anne Chalond-Bengrid, responsable des achats transversaux de la ville. Autre avantage de taille, une facture réduite : “Les jouets d’occasion achetés chez Rejoué sont 40 à 70 % moins chers que les jouets neufs que l’on achète, selon Anne Chalond-Bengrid. Grâce à ces économies, on devrait pouvoir acheter plus de jouets ou développer d’autres projets”.

Mieux encore : les aspects “développement durable” et “qualité des produits” sont devenus depuis cette année des éléments prépondérants dans le choix des prestataires des ludothèques, crèches et centres de loisirs. “Nous avons établi une liste de critères que nous avons communiquée aux entreprises dans le cadre de l’appel d’offres, précise Anne-Claire Chermette, responsable du service logistique et gestion à la Petite enfance. Les fournisseurs sélectionnés ont donc fait des efforts pour proposer des articles qui correspondent aux besoins des enfants notamment sur les aspects suivants : santé, sécurité, hygiène, solidité, facilité d’entretien, composition du produit…

Le service a même mis en place un sous-critère pour valoriser les entreprises qui faisaient des efforts en matière de développement durable : gestion des déchets, réduction des emballages, obtention d’écolabels, réflexion sur les circuits de livraison, flotte automobile avec des véhicules non polluants…

Au final, ce sont les enfants qui sont gagnants

En dehors de la municipalité, des structures petite enfance installées à Vitry font également en sorte de réduire la facture d’achat de jouets, tout en s’inscrivant dans une démarche de développement durable. À l’image de la micro-crèche privée, la Girafe étoilée, qui a choisi d’acheter une partie de ses jouets chez Rejoué :

La Girafe étoilée

Nous sommes sensibles au développement durable et à l’écologie, se targue la directrice, Elsa Lesguillon. Cela permet de faire un pas de plus vers la réduction des déchets et de faire quelque chose pour la planète”. La crèche achète désormais 30 % de ses jouets et de ses livres chez Rejoué, ce qui lui permet aussi de réduire considérablement ses coûts.

Au final, ce sont les enfants qui sont gagnants : “Cela permet d’avoir plus de budget pédagogique pour organiser des fêtes, des sorties ou acheter du matériel onéreux comme un toboggan”, précise Elsa Lesguillon, qui souligne un autre intérêt pédagogique :

Certains parents ont tendance à trop utiliser les jeux avec écrans (smarphone, tablette…) qui ne développent pas beaucoup l’imagination. Les jouets de Rejoué ont l’avantage de développer l’imagination des enfants ou de les aider à gérer leurs émotions, comme les jouets en bois qui permettent de raconter des histoires. Si tous les enfants remplaçaient les écrans par ce genre de jeux, ils seraient plus concentrés et auraient de meilleurs résultats à l’école”. Si vous désirez faire des économies et participer à la sauvegarde de la planète tout en donnant toutes les chances de réussite à votre enfant, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Julien Moschetti

1 : Rapport Évolutions du comportement des Français face au développement de l’économie circulaire.

2 : Il s’agit de l’enquête annuelle Tendances de consommation, publié le 18 octobre 2018.

Article publié en décembre 2018 dans Vitry Mensuel

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